Ecole Française de Spéléologie

Manuel Technique - Moniteur

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[ chapitre 3.16. ]

 

3.15. L'ENCADREMENT EN CAVITE DE CLASSE 4

 

Que ce soit en stage ou avec des équipiers de club, le moniteur qui encadre en cavité de classe 4 doit radicalement changer de stratégie par rapport à ce qui peut se faire en cavité de classe 3.

La configuration des lieux, la présence de nouveaux types d'obstacles, les variations auxquelles est soumis le milieu font qu'il est quasiment impossible de "tout assurer".

Ce n'est d'ailleurs pas souhaitable puisque c'est l'autonomie de chacun que l'on vise quand on choisit de s'engager dans ce type de cavité.

Le moniteur doit savoir jusqu'à quel point il peut encadrer seul et combien de personne il peut encadrer.

Le moniteur doit donc - c'est toute la difficulté et tout son "art"- sécuriser sans assister, s'effacer tout en étant présent, enseigner sans "téléguider"...

Rappelons les différences majeures à gérer entre les cavités de classe 3 et les cavités de classe 4.

- La verticalité

Pas de limitation dans la hauteur des verticales, dans leur enchaînement, communications parfois difficiles (résonnance), et de fortes contraintes pour leur équipement (hors-crue, pendules, manque ou absence de place aux paliers, ...).

Bref, il est illusoire de vouloir assurer ou même garder un oeil sur chacun...

- Les étroitures

Par définition, l'étroitesse des lieux conduit chacun à se retrouver presque "seul face à l'obstacle".

- L'eau

Elle influe sur la progression, sur l'équipement, sur les possibilités de communication (bruit des cascades), sur l'état physique de chaque équipier (fatigue, froid),  et ce, d'une façon qui peut varier au cours de la même sortie (crues).

- La durée

Plus engagées, les explorations sont souvent plus longues. Le temps plus long passé sous terre se répercute sur le volume et le poids à transporter (cordes, carbure, repas), sur la gestion de la fatigue, sur la prise en compte de l'évolution des conditions météorologiques,...

3.15.1. L'encadrement en progression

3.15.1.1. Milieu aquatique

La première chose à gérer pour une progression en milieu aquatique est la vérification de l'équipement personnel de chaque équipier et/ou l'équipement collectif  adaptés. Bottes non percées pour des cavités où l'eau ne dépasse pas la mi-mollet, bottes rabattues ou botillons dans les autres cas , chaussons néoprènes, combinaison néoprène ou pontonnière, nécessaire de réparation de la pontonnière, bouées, rames, canot et filin de renvoi, gilets,... A défaut, il lui faudra adapter le mode de  progression à l'équipement du groupe (mains-courantes hors d'eau) ou savoir renoncer.

Le moniteur connaît aussi la dépense physique supplémentaire que demande la progression aquatique (refroidissement, difficulté de marche, risques de glissades,...) ainsi que la consommation augmentée en carbure.

Il doit en tenir compte dans la gestion de la sortie : repas chauds, temps limité sous terre, vigilance aux signes annonciateurs d'hypothermie,... Il doit inciter si nécessaire à l'économie d'énergie en recommandant les passages hors d'eau.

Il estime et surveille les débits, enseigne comment  reconnaître les traces de mise en charge, et la conduite à tenir en cas de crue.

Il doit gérer les problèmes de communication qui apparaissent près des cascades, en donnant des consignes avant le franchissement de l'obstacle.

3.15.1.2. Le milieu vertical

Dans les puits, il est difficile au moniteur de s'assurer des bonnes manipulations de chaque membre du groupe.

Chacun est relativement isolé à chaque pendule, passage de noeud, de fractionnement ou de déviation et se doit donc d'être suffisamment autonome pour ne pas se mettre en difficulté ou en danger.

C'est en amont, au cours des sorties précédentes plus faciles ou en falaise que se construit cette autonomie.

Le moniteur doit cependant se donner les moyens d'intervenir rapidement et efficacement en cas de problème : corde d'intervention, maîtrise des techniques de dégagement, choix d'une place stratégique (juste au-dessus ou en dessous de la personne qui pourrait être en difficulté).

Il doit se faire écouter en cas de problème et ne pas laisser chacun y aller de ses conseils. Il est le plus à même d'identifier ce qui cloche et de donner les  explications ou consignes adéquates.

- Les grandes verticales

Elles peuvent entraîner un stress important, surtout associées à un gros volume. La peur du vide, la crainte du vertige peuvent apparaître lorsqu'une personne s'y  trouve confrontée. Il faut y préparer progressivement les gens ou apporter une sécurisation supplémentaire en restant à proximité.

A la montée, les temps d'attente sont longs ce qui peut conduire à des refroidissements importants. Il est préférable de fractionner plusieurs fois les grands puits pour étager le groupe.

Une vigilance particulière doit être requise concernant les agrès laissés derrière soi, surtout s'il y a des déviations : dans les grandes verticales, le suivant ne voit pas si la corde passe derrière une lame ou si c'est la déviation qui fait vibrer la corde.

Quand un groupe est bien autonome, la montée s'enchaîne sans qu'il soit nécessaire de tous se regrouper à la base des puits (cela provoque des temps d'attente inutiles). Mais il est plus prudent que les équipiers remontent par deux. Cela évite qu'un équipier, qui aurait pris de l'avance ou du retard, se retrouve seul en difficulté un long moment avant d'être rejoint.

- Verticales aquatiques

L'équipement hors-crue des verticales doit autoriser la remontée même si le débit initial a augmenté. Cependant, lors du pic de la crue ou lors de crues exceptionnelles cette remontée peut s'avérer impossible: l' air est totalement saturé en gouttelettes d'eau, des ricochets imprévus de la cascade sur des parois exposent les équipements habituellement hors-crue avec un débit "classique", de nouvelles arrivées d'eau se forment par des goulottes qui semblaient fossiles,...

Le moniteur est à même de juger si les puits sont praticables ou s'il faut attendre. D'autant plus que la situation peut évoluer et devenir brutalement dangereuse (nouvelle vague de crue). Il ne laissera donc pas partir devant des membres du groupe qui pourraient faire une erreur d'appréciation et s'exposer dangereusement.

- Les étroitures

Elles sont dangereuses lorsqu'elles sont inclinées ou verticales ou lorsqu'on risque de glisser dans un resserrement.

Il faut également être très prudent dans les étroitures formées par les blocs "coincés" d'une trémie qu'un gabarit plus fort risque de faire bouger.

Le moniteur doit donner les consignes à chacun avant l'obstacle (détacher sa jugulaire, allumer son électrique, ne pas mettre le kit devant, descendre les pieds devant,...), rester à portée de voix pour sécuriser et conseiller ceux qu'il encadre, et se placer là où il sera le plus efficace pour intervenir, installer au préalable un moyen de traction.

Il ne doit pas laisser le plus faible passer en dernier.

Si le groupe doit franchir l'obstacle de façon échelonnée, il faut constituer des petits groupes de deux qui s'attendront et s'aideront (faire passer les kits, donner des appuis, soutien moral,...).

3.15.1.3. Le souci du groupe

Le moniteur doit connaître et reconnaître les signes de fatigue, de refroidissement voire d'hypothermie qui pourraient se manifester au sein du groupe. Il doit rythmer la sortie par des arrêts, des repas, et faire boire régulièrement.

Il juge quand il est temps de faire demi-tour, s'il faut s'arrêter pour qu'une personne se réchauffe ou récupère.

Le moniteur n'est pas celui qui court devant et que le groupe tente d'imiter mais plutôt un recours toujours disponible et au bon endroit qui s'efface tant que tout va bien sans lui.

3.15.1.4. Les moyens d'intervention

En fonction de la cavité, du nombre de personnes à encadrer, de leur niveau, des objectifs poursuivis, etc, il peut être nécessaire de recourir à un deuxième cadre.

Il faut se munir d'une corde d'intervention de la longueur du plus grand puits, du moins du plus long tronçon sans fractionnement, éventuellement avoir sur soi un poulie-bloqueur pour réaliser un palan ou un balancier, et avoir une pharmacie.

Le bloqueur de pied donne de la mobilité et une rapidité d'intervention qui n'est pas négligeable en encadrement.

Chaque personne doit avoir sur elle une couverture de survie épaisse. Il est utile d'en avoir 2 ou trois supplémentaires, avec de la cordelette, pour pouvoir réaliser un petit point chaud.

De la nourriture énergétique et de quoi boire chaud sont nécessaires en cas de «panne» d'un équipier.

3.15.2. L'enseignement de l'équipement

Comme dans toute discipline, il y a la technique proprement dite qui se résume à quelques principes de sécurité, quelques connaissances des noeuds et du matériel employé, et il y a l'esprit de l'équipement qui consiste à savoir où équiper.

Cette technicité peut s'acquérir rapidement , en même temps que s'acquiert l'autonomie de progression, pour peu que l'on propose des situations adaptées.

Quand à l'esprit, il est directement lié à la connaissance du milieu, à la capacité de lecture de la cavité.

Les formations de l'EFS permettent de donner des bases de départ, ou au contraire de prendre du recul sur ses habitudes pour les faire évoluer, mais l'essentiel résulte d'expériences diversifiées lors d'une pratique régulière, des confrontations répétées et sans assistance avec les difficultés qu'offre le milieu.

C'est pourquoi il est nécessaire de confronter rapidement le débutant à l'équipement afin qu'il acquièrt les bases techniques qui lui permettront de forger son "art".

Un spéléologue n'est pas véritablement autonome s'il ne sait pas équiper. Il n'est pas totalement actif et acteur dans son club tant qu'il ne peut prendre l'initiative de mener une exploration.

Or, combien de débutants sont condamnés à 4 ou 5 ans de spéléologie comme "suiveurs" - s'ils n'ont pas abandonné entre temps - avant qu'ils osent ou puissent se prendre en main.

Avant de se lancer dans l'équipement, la pratique du déséquipement place le débutant dans des situations  demandant parfois un plus en autonomie sur corde (pendules sans corde de retenue, opposition assurée en sortie de puits,...). En précédant le déséquipeur, il est facile de lui prodiguer des conseils en situation.

La formation à l'équipement commence par la préparation du matériel et la mise en kit (avec le noeud en bout de corde). Elle se poursuit après la sortie par le nettoyage et le contrôle de l'état du matériel.

Pour commencer à équiper, la falaise permet d'aborder les principes de base dans des conditions optimales : pas d'attente d'autres membres du groupe, lecture et repérage facile des reliefs et des spits, possibilité de reprendre d'en haut sa voie si quelque chose a été oublié, ...

Enfin, le cadre a une vision tout aussi aisée de ce qui se passe. Il peut sécuriser les manoeuvres en descendant à côté du débutant sur une corde de bon diamètre au besoin munie d'un protège corde et équipée sans fractionnement.

Sous terre, tant que le cadre voit ce que fait l'équipeur, il peut suivre à distance. Ce dernier étant un peu familiarisé avec le vocabulaire et le matériel, il peut profiter de conseils verbaux.

Quand aux noeuds, un seul suffit: celui de 8 permet de tout équiper, y compris les Y.

Plus encore qu'en falaise, la corde d'intervention en parallèle permet de rassurer et d'aider l'équipeur, surtout si le cadre n'a plus vue directe sur lui.

A chaque palier (ou fractionnement doublé), les autres équipiers détachent la corde d'intervention que le cadre récupère pour sécuriser l'équipement du tronçon suivant.

Dès que le cadre sent les débutants d'un groupe assez sûrs d'eux, assez fiables pour qu'ils équipent sans erreur (même si ce n'est pas parfait), il doit les inciter à se lancer dans de petites explorations en autonomie..

De la corde de 10 ou plus, tolérante aux imperfections des débuts, leur permet de  confronter réellement leur technique au milieu, de confronter leurs points de vue, d'affiner leur pratique et de devenir totalement autonomes.

Des ouvrages techniques, des stages EFS ou des week-ends techniques, des sorties occasionnelles avec d'autres cadres leur permettront de remettre en cause leur pratique et de l'améliorer.

3.15.3. L'enseignement des techniques de réchappe

Trop souvent utilisée dans les clubs uniquement pour la première formation à la progression sur corde du débutant, la falaise est le lieu idéal pour peaufiner ou approfondir ses connaissances. Pour les techniques de réchappe, elle offre au cadre des hauteurs adaptées, et une bonne vision des manipulations. Elle permet souvent des équipements en parallèle qui facilitent les interventions.

Sous terre, le cadre devra trouver un site qui offre les mêmes possibilités de voir et d'intervenir.

Il est nécessaire de pratiquer sous terre ces techniques, notamment les dégagements où l'on est confronté à des problèmes particuliers : flamme des acétylènes, étroitesse des lieux, ...

3.15.4. L'encadrement dans les traversées

Si c'est le moniteur qui équipe pour le groupe il doit avoir deux types d'attitude :

  • Soit il équipe normalement (comme en fixe) et il ne met en place le rappel que pour le dernier : lui.
  • Soit, dans un but pédagogique, il met en place le rappel immédiatement.

Dans ce cas (technique coincement de noeuds ou de mousquetons, chapitre 5.5) il faut bien indiquer aux équipiers qu'il y a un risque mortel à se tromper de brin de corde.

Il faut être d'autant plus vigilant que toute notre théorie de l'équipement est basée sur l'axiome : une corde est attachée de manière irréprochable.

Le moniteur devra être vigilant aux manoeuvres de rappel de la corde : un équipier trop pressé peut, par une fausse manoeuvre, compromettre la suite de l'exploration. Il faut veiller à bien défaire le noeud de l'extrémité, tirer sur le bon brin, contrôler la trajectoire de la chute de la corde pour éviter qu'elle ne se coince dans une anfractuosité de la paroi.

 

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