Ecole Française de Spéléologie

Manuel Technique - Moniteur

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3.14 L'ESCALADE SOUTERRAINE

 

3.14.1. Les objectifs

L'escalade souterraine permet de franchir les obstacles verticaux pour atteindre des objectifs tels que des lucarnes et des galeries supérieures. On l'envisage en général lorsque la progression vers le bas est stoppée.

Les efforts qu'elle demande justifient qu'on envisage d'abord d'autres solutions : pendules et mains-courantes, éclairage puissant pour évaluer les chances de réussite.

3.14.2. Les différents types de progression

L'escalade en libre

L'escalade en libre ne se pratique pas n'importe où : attention aux glissades ou chutes, et aux ruptures de prises imprévisibles.

Il convient donc de réfléchir systématiquement aux risques encourus et de placer régulièrement les points d'assurance.

Lancé de corde

II permet d'atteindre rapidement un amarrage naturel peu éloigné dont on est sûr de la solidité. Plusieurs solutions : méthode cow-boy, ou lancé d'une cordelette lestée qui fera suivre la corde. Dans ces configurations, on devra progresser sur une corde qui frotte. Comme on ignore l'agressivité de la roche sur laquelle porte la corde, la délicatesse s'impose.

Le mât d'escalade

De construction artisanale, il est composé de plusieurs segments de tube emboîtés à l'extrémité desquels on fixe une corde. Il faut s'assurer du maintien latéral du mât (haubanage) avant la montée.

Il est de moins en moins utilisé depuis les méthodes modernes d'escalade en artificiel.

L'escalade artificielle

On n'a plus recours aux prises naturelles pour s'élever mais à une succession d'amarrages artificiels. On l'utilise pour les parois n'offrant aucune possibilité d'amarrages naturels.

Principe : après avoir placé un amarrage le plus haut possible, on accroche un étrier (courte échelle) qui permettra de se hisser le plus haut possible afin de placer un nouvel amarrage et ainsi de suite.

Matériel utilisé : Goujons de 8 mm ou 6 mm (prévoir la clé adéquate) avec écrou, rondelle et plaquette, ou punaise (DBZ Hilti) avec plaquette spéciale (voir chapitre 3.3). Etriers, dégaines ou plaquettes montées avec une sangle et un mousqueton, mousquetons, crochet Fifi, corde dynamique et descendeur en 8.

L'utilisation d'un perforateur électrique augmente de façon indéniable l'efficacité lors d'une escalade. De plus, si l'on installe l'accumulateur du perforateur dans un sac accroché à la ceinture, on gagne du poids en bout de bras (nécessité d'une modification du branchement électrique par une rallonge entre le perforateur et l'accumulateur). Prévoir au moins deux mèches double-rampe (pour pallier une perte ou une usure prématurée de la mèche) du diamètre correspondant à la cheville employée.

Pour augmenter la distance entre deux amarrages (qui dépend de la taille du grimpeur) on aura recours à l'utilisation de plate-forme d'escalade ou à des barres alonges (type Raumer par exemple).

3.14.3. L'assurance

Dès que la montée est exposée, il faut utiliser une corde pour parer les éventuelles chutes : paroi et prises glissantes, chaussures peu adaptées, rareté des prises et fragilité de certaines (concrétions).

On a recours à une corde dynamique à simple, d'un diamètre de 10 mm, retenue en bas par un équipier muni d'un descendeur en huit qui s'avère être le plus fiable et le plus adapté. Il existe d'autres matériels pour s'assurer (plaquettes Salewa, gri-gri,...) ou d'autres façons d'utiliser les cordes (à double ou jumelée).

En début d'escalade, il ne sert à rien d'assurer avec la corde puisqu'on cas de rupture d'un des premiers points d'assurance le grimpeur chute au sol. On prépare donc la corde pour la suite et on se met en parade en dessous du grimpeur tant qu'il n'a pas posé les deux premiers points d'assurance. Le premier point doit se situer à moins de 2 mètres du sol, le suivant doit être placé près du premier pour qu'en cas de rupture de l'amarrage de tête ou de chute, le grimpeur ne puisse pas s'écraser au sol. Après que le premier de cordée ait installé le premier point d'assurance, il est préférable de rester près du rocher, car s'il chute, il y a moins de corde entre lui et l'assureur et, par conséquent, moins de risque de chute au sol. Quelquefois il s'avère prudent que l'assureur s'auto-assure surtout si il y a une grande différence de poids entre les 2 personnes. Cela évitera à l'assureur d'être tiré par le haut en cas de chute du grimpeur.

Le trajet de la corde : le grimpeur fait en sorte que le trajet de la corde soit le plus rectiligne possible (prévoir des dégaines de différentes longueurs).

Attention au placement de la corde dans le mousqueton (l'auto-décrochage).

Si le cheminement de la voie à escalader se déroule en diagonale ou en traversée, le doigt du mousqueton doit être placé à l'opposé de la direction du grimpeur. En effet, si le doigt est placé dans la même direction que celle du grimpeur au moment de la chute, il y a risque d'auto-décrochage .

Pose de l'amarrage dans un endroit sain du rocher au perforateur. Le trou doit être légèrement supérieur à la longueur de la cheville. Suivant le type de cheville employé, la pose sera différente.

  • Pour les DBZ l'expansion sera faite à l'aide d'un marteau après avoir installé une plaquette spéciale.
  • Pour le goujon : l'enfoncer, muni de la plaquette (préalablement préparée), à l'aide du marteau en protégeant le pas de vis avec l'écrou (légèrement dévissé). Il vaut mieux ne pas taper trop fort sous peine de détruire le goujon. Lorsque la plaquette vient au contact du rocher, visser l'écrou pour expanser le goujon.

Pour franchir un amarrage, on passe une dégaine dans la plaquette, on fixe un étrier sur la plaquette à l'aide du crochet fifi, on se hisse sur l'étrier et on passe la corde d'assurance dans la dégaine. Et on monte le plus haut possible sur l'étrier pour atteindre l'emplacement du point suivant à poser.

Un code doit être établi entre l'assureur et le grimpeur (le même que pour l'escalade) :

  • "sec !" : l'assureur ravale le mou et tend la corde.
  • "mou !" : l'assureur donne du mou pour que le grimpeur soit libre de ses mouvements.

Attention, dans le cas d'un point artificiel de progression peu fiable, il faut se méfier quand l'assureur prend en poids le grimpeur car il y a le poids des deux personnes sur le point !

3.14.4. Le déséquipement de la voie

L'objectif atteint, il faudra récupérer les amarrages ayant servi pour l'escalade, soit en descendant, soit en montant. Tout dépendra de la trajectoire de la voie. Si elle est surplombante ou fortement éloignée de la verticale et sinueuse, le déséquipement se fera par le bas, si elle est peu éloignée de la verticale elle sera déséquipée par le haut. Si l'objectif atteint est prometteur, il faudra équiper en fixe (voir chapitre 3.13.) pour permettre la suite des explorations. Dans le cas contraire, il faudra descendre en rappel en laissant le minimum de matériel (sans oublier de rester en sécurité).

 

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