Ecole Française de Spéléologie

Manuel Technique - Moniteur

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3.10.

LE BIVOUAC

Le bivouac est une décision collective lourde de conséquences. Il peut contribuer à la réussite d'une exploration ou la transformer en véritable Bérézina. Il requiert donc une parfaite adaptation aux besoins et une organisation rigoureuse.

Il doit être considéré comme un outil de progression pour les grandes cavités au même titre que les cordes.

Il comporte des aspects psychologiques importants.

Le bivouac est justifié pour :

  • Diminuer les effets du manque de sommeil et pallier la perte progressive de tonus physique et psychique dans les explorations de longue durée.
  • Obtenir une meilleure récupération à long terme au cours d'expéditions longues à raids multiples.
  • Etre plus efficace pour les explorations qui cumulent de grandes marches d'approche et de longues explorations souterraines.

Une bonne fenêtre météorologique sur plusieurs jours est nécessaire, surtout si la cavité est à dominante aquatique.

Il est évident que dans les cavités froides et humides, le bivouac doit être plus élaboré, l'infrastructure est plus lourde. Dans les cavités chaudes et sèches, le principal souci est l'approvisionnement en eau potable.

3.10.1. Le bivouac de surface

II est différent du camp de surface.

Il est utile quand la marche d'approche est longue et pénible, quand l'entrée de la cavité est à haute altitude ou que les explorations ont lieu durant une période météorologique défavorable pour l'extérieur.

On l'installe à proximité de l'entrée de la cavité (dans le porche d'entrée ou dans une anfractuosité). Il servira à attendre le jour ou de bonnes conditions météorologiques.

Il doit permettre de se changer confortablement, de s'alimenter, de s'hydrater, récupérer ou dormir quelques heures, d'attendre sans fatigue.

Il doit bien isoler de la pluie, du vent, de la neige, être monté ou être installable rapidement.

Il doit être équipé de réchaud, carburant et récipients.

C'est la réserve de vêtements secs.

Chaque équipe gère sa nourriture et ses déchets.

3.10.2. Le bivouac léger souterrain

Le bivouac léger est destiné à suivre l'équipe et se déplacer autant de fois qu'il le faut.

Il faut prévoir des vêtements chauds et légers (collant, rhovyl, polaire, chaussettes, sous-gants) qui compléteront la sous-combinaison pour avoir une protection chaude même pendant un arrêt prolongé.

Un morceau de matelas-mousse, 2 couvertures de survie épaisses ou une feuille de plastique (une au sol, l'autre sur soi), une montre-réveil, nourriture et carbure en conséquence permettent de transformer un emplacement convenable (sol plat, sec, absence de bruit...) en bivouac

.La technique consiste en de petits arrêts fréquents, par exemple en se reposant 1 ou 2 heures toutes les 6 heures d'activité (il faut se changer pendant les poses afin d'être au sec). Cette méthode permet d'augmenter sensiblement les durées d'exploration (plus de 50 heures) mais cela demande de l'entraînement.

II faut se tenir au rythme choisi, même si l'on n'a pas vraiment sommeil lors du premier arrêt. Manger chaud, s'allonger, se détendre permettent quand même de récupérer et d'enclencher le cycle repos-activité.

3.10.3. Le bivouac fixe

Le bivouac fixe est destiné à être installé dans un endroit stratégique de la cavité à explorer et à y rester un certain temps.

Ce bivouac servira de base de départ aux différentes équipes qui auront des objectifs divers dans la cavité.

3.10.3.1. Le choix du site

II faut choisir un site le plus à l'abri possible des courants d'air, de l'eau et des éventuelles chutes de pierre avec un sol le plus plat possible. Au besoin, on peut consacrer du temps à aménager les lieux pour réaliser une plateforme.

Quitte à faire un bivouac lourd, autant qu'il soit le plus confortable possible et d'une superficie en rapport avec le nombre d'équipiers.

3.10.3.2. Le mode de couchage

II faudra déterminer ensuite le mode de couchage :

  • au sol (matelas mousse + duvet, avec ou sans tente),
  • en hamac classique + duvet,
  • en hamac chauffant.

Les hamacs ont l'intérêt d'être relativement indépendants de la configuration du sol, et d'être malgré tout plus aisément déplaçables.

Ils ne sont pas très confortables, même si l'ajout de barres à chaque extrémité du hamac réduit la compression et améliore notablement le confort.

Les hamacs chauffants sont intéressants mais chers. C'est le moyen de couchage le plus léger et le moins encombrant.

Pour les cavités très froides, il faut les transformer pour pouvoir installer deux bougies simultanément.

Enfin les bougies n'ont pas toutes une combustion très régulière, certaines chauffent trop et ne durent que 4 à 5 heures, d'autres durent 12 heures mais ne parviennnent pas à élever suffisamment la température dans l'enceinte du hamac.

Dans les cavités froides, on évitera les hamacs classiques en filet qui ne présentent aucune isolation thermique.

Le couchage au sol est plus confortable si le site s'y prête.

Les tentes, qu'elles soient constituées de couvertures de survie façon "point chaud", réalisées spécialement à cet effet ou en réutilisant des modèles légers du commerce offrent une convivialité qui n'est pas négligeable au cours d'une exploration engagée.

Elles permettent d'obtenir une ambiance chaude sans difficulté. Mais se pose souvent le problème de condensation à l'intérieur.

 Dans les cavités froides, il est important de prévoir un abri pour manger et préparer les repas. Ce peut être un simple cube de toile suspendu par des cordelettes qui créera une athmosphère tempérée.

3.10.3.3. L'organisation du site

L'organisation du site dépendra de la stratégie choisie, hamac ou non. Dans tous les cas, il est indispensable de recouvrir le sol d'une grande bâche en plastique (ou plusieurs couvertures de survie épaisses), pour pouvoir se changer, se déchausser, manger,... sans que cela soit systématiquement acrobatique ou inconfortable.

3.10.4. Se chauffer, se nourrir, les déchets

Réchauds, combustible

Les réchauds les moins encombrants sont ceux à alcool solidifié (méta), mais ils ne présentent qu'une puissance de chauffe réduite peu compatible avec un séjour prolongé sous terre.

Les réchauds à gaz semblent avoir le rapport (encombrement / performance) le plus satisfaisant.

Toutefois les modèles modernes à essence ont un encombrement à peine plus important pour une puissance de chauffe très nettement supérieure.

Pour chauffer un abri de bivouac de style tente, il est possible d'utiliser les lampes à acétylène ou des bougies, mais si on utilise un sac de couchage, le chauffage peut devenir facultatif.

Prévoir des boules "Quiés" pour dormir (pour ceux qui ont le sommeil léger) car sous terre, le moindre bruit devient énervant.

En cas de recours aux hamacs chauffants, chaque personne doit avoir avec elle un briquet pour allumer (ou rallumer) sa bougie sans avoir à réveiller ses voisins et/ou à se lever.

Eau potable

Prévoir un ravitaillement en eau potable le plus près possible du lieu de bivouac : ruissellements sur concrétions, ruisselet... Ne pas oublier les pastilles purificatrices (hydroclonazone ou micropur). Si l'eau n'est pas disponible juste à côté du bivouac, prévoir le transport de l'eau en quantité suffisante : poche à eau pliable (volume 10 litres), bidon étanche.

Nourriture

Plus que dans tout autre cas, elle doit avoir été préparée avec beaucoup d'attention, en fonction de la durée du séjour sous terre, de la puissance de chauffe utilisable et du poids transportable.

Les aliments lyophilisés conditionnés pour la montagne présentent un intérêt certain, mais l'aspect budgétaire peut rebuter plus d'un spéléologue.

On trouve dans le commerce de la nourriture déshydratée qui permet de réaliser des repas simples, légers et très nourrissants : pâtes, purée, semoule + soupe, plats pré-cuisinés à réchauffer.

L'apport énergétique qui compense les dépenses occasionnées est nécessaire, mais le plaisir de manger est lui aussi important pour le moral. Il faut donc prévoir sa nourriture en prenant en compte ces deux aspects.

Les déchets

II est inadmissible de laisser des déchets sous terre. On remonte donc sa chaux et ses déchets de repas (qui seront limités si le conditionnement de la nourriture a été bien fait).

Le transport

II faudra bien évidemment tout isoler de l'humidité grâce à des sacs étanches ou des bidons. Il faudra faire au plus léger et au moins encombrant. Le cas échéant, il faudra prévoir un portage préliminaire.

Le bivouac qui n'est plus utile devra être démonté et les lieux devront être nettoyés.

Pour faciliter la succession des équipes et l'efficacité de chacune, il est indispensable de ne pas perturber ses rythmes biologiques. Il faut donc se munir d'une montre fiable et conserver les horaires de sommeil, de repas et d'activité de l'extérieur.

Les explorations auront lieu aux moments de pleine disponibilité physique et morale.

Suivant l'éloignement du lieu de bivouac, on pourra par exemple programmer la pointe dans la foulée du trajet.aller et ne revenir au bivouac que pour la nuit précédant le retour à l'extérieur, ou au contraire se rendre au bivouac pour y dormir, avoir ensuite une journée complète sur place pour l'exploration, et passer une nouvelle nuit avant de ressortir.

Un altimètre-baromètre de qualité compensé en température permet, quand la profondeur exacte du lieu de la mesure est connue par la topographie, de signaler un décalage vers le haut de l'altitude et d'indiquer une chute de la pression atmosphérique généralement synonyme de précipitations.

On peut donc anticiper sur les problèmes de crues.

La seule précaution à prendre est d'éviter de faire les mesures dans des étroitures ventilées ou près d'une cascade. Une salle de dimension moyenne convient parfaitement.

Il faut éviter d'utiliser certains modèles de montres altimètres gadget (non compensées en température) qui ne sont absolument pas fiables.

 

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